Le ça, le moi, le surmoi

L’appareil psychique est mis en mouvement par l’action des trois instances ça, moi, surmoi.

La deuxième topique freudienne

Cette théorie dynamique des trois instances psychiques apparaît  dans la deuxième topique freudienne. Elle fait intervenir: Le ça qui se situe dans l’inconscient. Le moi et le surmoi, tous deux en partie conscients et inconscients.

Le ça

  • Réservoir des pulsions

Le ça constitue le réservoir libidinal, le siège des pulsions  (dans lesquelles vont puiser le surmoi et le moi)

‘les forces dont l’action met en mouvement l’appareil psychique sont engendrées par les organes du corps et expriment les grands besoins corporels.’ (S. Freud) Ces incitations corporelles sont appelée pulsions ou instincts.

  • Hors du réel

Le ça n’est pas régi par les conditions du réel, mais obéit au principe de plaisir, souverain. Les forces pulsionnelles du ça n’ont pas d’autre but que d’obtenir leur satisfaction, en dehors de toute contingence. ‘Le ça ignore les jugements de valeur, le bien,le mal, la morale’ (S.Freud)

De cet inconscient, ensemble chaotique de forces, émergent les désirs pulsionnels, s’inscrivant pour certains dans la pulsion de vie et pour d’autres dans la pulsion de mort, par exemple la fascination pour la destruction  (cf le film japonais « l’empire des sens » où est clairement développé cet aspect terriblement ambivalent du désir). Ainsi des motions pulsionnelles contradictoires coexistent dans le ça, non organisées ni hiérarchisées.

  • L’origine du ça

Une partie du ça est héréditaire, innée, une autre partie est acquise, issue des refoulements.

Selon Groddeck, nous sommes vécus par le ça, composé de forces inconnues que nous ne maîtrisons pas et qui nous gouvernent.

De cet inorganisé pulsionnel, point de départ de la vie psychique, émergeront, puis s’enrichiront et s’organiseront en un parcours progressif et continu, le moi et le surmoi.

Le moi 

  • Le principe de réalité

Le moi est l’agent de liaison entre les différents instances et le pôle de la réalité. Il se construit par adaptation au réel, et en instaurant des moyens de défense pour éviter les sources de déplaisir issu du contact entre l’énergie pulsionnelle et la réalité extérieure. Le moi obéit au principe de réalité, œuvrant pour les pulsions d’auto-conservation, plus aptes à se conformer au principe de réalité et à abandonner le principe de plaisir . ‘il tend vers l’utile et s’assure contre les dommages.’ (S.Freud repris par Laplanche et Pontalis)

  • Le rôle du moi

Le moi est décrit par Freud comme coincé entre trois dangers : les exigences du ça, la sévérité du surmoi et les contraintes du monde extérieur. En tant qu’intermédiaire, il harmonise, cherche l’équilibre entre ces 3 instances pour préserver l’homéostasie du système psychique. Il peut arriver que le moi se sente débordé par l’un ou l’autre (ses désirs inconscients, son surmoi culpabilisant ou la peur de la réalité).  Dans cette dysharmonie, émergera alors le signal d’angoisse, indiquant le débordement du moi.

Le moi se modifie en intégrant les résidus d’identification des premiers objets et se constitue par formation réactionnelle à la double exigence d’identification « sois comme ton père, ne sois pas comme ton père » (cf « psychanalyse » Editions Puf  direction Alain de Mijolla )

Le moi est au carrefour des sensations corporelles, de la perception du monde extérieur, et de l’émergence des forces internes chaotiques.

  • Un régulateur 

Garant de la santé psychique du sujet, grâce à la barrière constituée pour contenir les excès des instances psychiques, et éviter son envahissement par les peurs du conscient ou le chaos des pulsions, le moi structure la vie psychique.

Il possède un système de défenses, qu’il met en œuvre en cas de besoin : l’évitement, la négation, la formation réactionnelle, les fantasmes, l’inhibition, l’intellectualisation etc…(cf Anna Freud : le moi et les mécanismes de défense).  Si le moi échoue dans sa fonction, une névrose s’installera.

Le moi est l’intermédiaire entre le ça pulsionnel et l’idéal du moi que l’on appelle surmoi, partie du moi. 

 

Le surmoi

  • L’instance surmoïque

Le surmoi est l’héritier de l’autorité parentale. Il se forme en intériorisant les critiques, les jugements parentaux, les « fait ceci, ne fait pas ça, fait comme ceci, ne fait pas comme cela ». Il élève la conscience à un plus haut degré, puisque ces intériorisations permettent de s’auto-évaluer de modifier ses comportements pour être aimé, bien considéré, correspondre aux valeurs apprises, et à l’image positive et valorisée qui émane de son éducation. Il fait fonction d’idéal à atteindre.

  • Une formation issue du moi

Le surmoi est donc issu des apprentissages durant les années d’enfance, période longue de dépendance de l’être humain avant son autonomie.Le surmoi se forme avec l’intériorisation des interdits, et notamment le principal qui structure la vie humaine : l’interdit de l’inceste.

Cette acceptation intervient après la phase et le refoulement du complexe d’Œdipe.

Le surmoi représente la Loi intérieure. Il censure et veille au maintien des refoulements des pulsions dans le ça, en tant que garant d’une bonne socialisation. Il entretient les jugements sur soi-même, et la volonté de bien faire, de bien agir.

Une éducation laxiste produit des surmoi très sévères. En effet, le non ! est tellement nécessaire pour combattre l’angoisse, que s’il n’existe pas dans le langage des parents, le surmoi se durcira pour compenser le manque d’une Loi structurante.

  • Surmoi et culpabilité

Avec le surmoi naissent les sentiments de culpabilité, nécessaires mais s’avérant puissants en cas d’un surmoi particulièrement sévère et répressif.

En conclusion

Toute l’économie psychique consiste en une circulation d’affects entre les trois instances, et entre les deux pôles que sont l’inconscient et le conscient.

 

Références

Sigmund Freud:Nouvelles conférences de psychanalyse

Georg Groddeck: le livre du ça

Anna Freud: le moi et les mécanismes de défense.

Psychanalyse, sous la direction d’Alain de Mijolla, Puf

Vocabulaire de la psychanalyse: Laplanche et Pontalis