La psychanalyse et les résistances

Résistances : résistance en psychanalyse et résistance à la psychanalyse

  • La résistance en psychanalyse

La résistance en psychanalyse est le nom donné aux forces psychiques  qui agissent pour empêcher les contenus inconscients d’accéder au conscient. Autrement dit la force qui s’oppose à la prise de conscience.

Ces forces de résistance sont inconscientes, et sont à l’œuvre dans la cure psychanalytique, tout comme dans la vie psychique au quotidien.

Elles sont liées au refoulement, consistant à rejeter hors de la conscience tout élément pénible à vivre pour le Moi.

Ce sont donc des moyens de défense utilisées par le Moi pour conserver son unité, pour se préserver de la souffrance, de l’angoisse extrême. Ce mécanisme de défense est essentiel et doit être pleinement intégré dans le processus de la thérapie psychanalytique.

En effet, la résistance n’est pas à combattre. Plus vous voulez convaincre de l’inanité de la défense, plus vous provoquez face à vous une levée de boucliers. Il est inutile et vain de tenter de lever les résistances de l’extérieur. Persuasion et insistance, qui s’adressent au conscient, n’y changeront rien. C’est par un cheminement progressif que quelques éléments de protection aussi essentiels sont peu à peu abandonnés par l’analysant. Celui-ci s’aperçoit qu’il n’a plus besoin de tant de rigidité. Il expérimente, se rassure sur le fait qu’il a les capacités de s’assouplir. Il pourra alors découvrir que l’énergie employée dans sa protection peut se déployer ailleurs, non plus pour se barricader, mais pour aller de l’avant.

La résistance nait de l’effroi que procure l’idée de l’intrusion dans la vie psychique, qui est  un risque de répétition du trauma ancien. Des fonctionnements ont été mis en place il y a longtemps, dans l’enfance, pour éviter la souffrance, pour gérer au mieux les situations traumatiques en se fermant à leur intrusion, pour garder l’intégrité du moi, éviter sa dislocation et son invasion. Des peurs viscérales, archaïques, indicibles, sont à l’arrière de la résistance. Personne ne peut renoncer à se protéger contre des peurs aussi immenses.

Dans le processus psychothérapeutique, les peurs sont petit à petit évoquées, exprimées. Elles deviennent moins effrayantes, et le Moi se sent moins en danger. Il accepte d’abord de voir ce qui s’est mis en place, puis de comprendre pourquoi cela s’est mis en place ainsi. Puis il peut diminuer la protection. Tester. Ajuster. Faire des allers retours.

L’assouplissement de la résistance après sa reconnaissance est ce que vit l’analysant au plus profond de lui dans son travail psychique. Ce combat est son œuvre.

L’éclairage des forces de résistance rend possible  l’exploration du conflit primitif qui a engendré la peur et porté en lui le germe de la structure de défense. La résistance est un indicateur essentiel des conflits infantiles non résolus. En faire une composante de l’analyse, la prendre telle qu’elle est, permet ainsi de s’approcher au plus près de la compréhension du conflit ancien.

Cependant, une autre épreuve arrive : la résistance au changement, au  passage à l’action. Celle-ci est la plus forte.

Le désir de changer, de guérir, est ainsi heurté par un empêchement à agir. En effet, les habitudes sécurisantes remplissent un rôle de ‘holding’, de cocon protecteur. S’en séparer implique un deuil particulièrement délicat à entreprendre.

Il s’agit d’utiliser la force mise au service de la résistance dans l’activation du désir d’agir.

La contrainte exercée sur le psychisme, par une force entièrement tournée à l’intérieur, se transporte et se tourne  vers l’extérieur.

Ainsi détournée de son but initial qui l’immobilisait, l’énergie se met en mouvement. Lorsque ce mouvement est enclenché, le soulagement et la libération des éléments psychiques mis au jour au cours de l’analyse continuent à produire leurs effets, par vagues ondulatoires, bien  longtemps après.

Pointer ou interpréter la résistance est prendre le risque de déstabiliser l’économie psychique de l’analysant, et de faire monter une angoisse.

Le mode empathique permet de prendre en compte, d’entendre les freins, les fuites, les doutes, et autres négations, émises par l’analysant dans son travail thérapeutique. Ces manifestations sont l’expression des mouvements psychiques, des luttes menées entre les différentes instances psychiques. Elles font partie intégrante, de tout le processus.

Rien n’est à négliger, à soumettre. Tout est d’égale importance.

Dans le discours d’une séance, les résistances les plus courantes consistent à minimiser les affects, à déclarer quelque chose puis à le dénigrer, à expliquer une réaction puis à tempérer, à trouver que tel évènement n’a pas beaucoup d’importance.

Ces façons de réagir et de s’exprimer font bien sûr partie du terrain d’observation de l’analyste. Ses questions ou observations doivent alors laisser l’analysant libre d’aller où il veut et où il peut à ce moment là. Tout en maintenant sa vigilance sur les points de fuite. Poser une question sur les ressentis du moment avant la fuite dans  le dénigrement, permet de montrer que là, il y a quelque chose à interroger. Peut-être à ce moment là, on ne pourra pas aller plus loin. Mais le travail de perlaboration se fait ainsi, par de multiples petites touches au cours des séances.

Les prises de conscience des peurs sous-jacentes à toute levée de refoulement, à toute expression de désir et d’émotion, et à toute exploration psychique permettent le travail de perlaboration des résistances et la libération de la pensée.

La psychanalyse regorge ainsi de termes guerriers, mettant en avant la puissance des éléments en présence, leurs  combats et luttes. Rien n’est calme et tranquille dans le royaume de l’inconscient. L’équilibre à atteindre est le prix d’efforts, de pertes et de gratifications.

  • La résistance à la psychanalyse

La psychanalyse a fait l’objet, depuis longtemps, depuis toujours, de critiques exacerbées, virulentes parfois. Notre « aujourd’hui » est particulièrement tenté par le refus de l’inconscient, par le repli dans la volonté, le matérialisme, et la technicité. Et, à côté de cette dominante déniant la connaissance de la part d’ombre et d’inconnu en chacun, se révèle un courant puissant d’identifications aux forces les plus obscures de l’inconscient collectif. La règle selon laquelle plus la force de résistance à l’inconscient s’exerce, plus le refoulé cherche à se dire à tout prix, s’avère à nouveau puissamment démontrée.

Cependant, à côté des courants technicistes, émergent de nombreuses voies de découverte de l’invisible, de la transcendance, de la « spiritualité laïque » ou «sans Dieu », exerçant une forte attraction pour des sujets contemporains lassés du matérialisme. S’engouffrer dans un monde parallèle et magique permet aussi de fuir des réalités psychiques et un monde intérieur inquiétant parce que mal connu.

La psychanalyse n’est ni matérialiste, ni spiritualiste.

Elle est aux confins de ces deux pôles, puisqu’elle part de l’individu et de sa lecture du monde, au travers de ce qu’il a reçu, et de ce qu’il transmet à son tour.

La psychanalyse a pour vocation d’aider à relier l’individu à ses fondements historiques: son histoire, personnelle, et la transmission générationnelle, ainsi qu’à son appartenance au monde social, par son insertion dans le collectif.

L’individu, psychiquement, est traversé par de nombreuses influences, dans lesquelles il se doit de faire le tri s’il souhaite ne plus les subir et devenir son propre maitre.

La psychanalyse ne cherche pas à rendre l’individu plus adapté, plus conforme, plus policé. Elle ne cherche pas la disparition des symptômes. Elle n’est pas une éducation aux bonnes manières. Ce n’est pas son sujet, aussi utile et intéressant que soit ce sujet.

L’individu psychique est une synthèse irréductible de forces qui se contredisent et s’affrontent. Aucun apprentissage, aucune guérison ne peuvent avoir lieu sans que l’inconscient s’en mêle.

La résistance à la psychanalyse est le miroir ou la caisse de résonance des résistances de chaque psychisme éduqué par refoulement des désirs, pour servir une cause (celle de la réussite matérielle la plupart du temps) et non dans le sens de son épanouissement et équilibre.

L’appauvrissement des représentations de l’inconscient, niées par une censure collective qui monte en puissance, ne permet plus d’imaginer, de sublimer, de canaliser l’angoisse. Celle-ci, irreprésentable, indicible, diffuse en une nappe sous-jacente présente partout.

La relégation de l’inconscient aux seuls cabinets des psychanalystes, limite la portée de ses extraordinaires forces créatrices et pédagogiques, et prive de son apport de nombreuses disciplines, confrontées à leurs limites, et en grande difficulté pour trouver un nouveau souffle: l’éducation, les soins (infirmiers, médicaux)…

L’inconscient, même si on l’ignore, s’impose toujours.

Accueillir le monde en nous qui ne demande qu’à s’exprimer, pour pouvoir accueillir le monde extérieur dans ses bouleversements, et rester sensible aux diversités, aux rêves, au merveilleux.