La psychanalyse aujourd’hui

Notre « aujourd’hui » est particulièrement tenté par le refus de l’inconscient, par le repli dans la volonté, le matérialisme, et la technicité. Et, à côté de cette dominante déniant la connaissance de la part d’ombre et d’inconnu en chacun, se révèle un courant puissant d’identifications aux forces les plus obscures de l’inconscient collectif. La règle selon laquelle plus la force de résistance à l’inconscient s’exerce, plus le refoulé cherche à se dire à tout prix, s’avère à nouveau puissamment démontrée.

L’individu, psychiquement, est traversé par de nombreuses influences.

L’individu psychique est une synthèse irréductible de forces contradictoires en mouvement. Prendre un seul de ses aspects et lui donner l’apparence du tout est se méprendre sur son identité réelle.

Le clivage est une tentative pour résoudre les conflits internes. La projection de la part mauvaise de soi sur l’autre, permet de calmer les douleurs dues au désenchantement sur soi-même et le monde. On peut s’aimer encore un peu et même beaucoup, si l’on considère que la malveillance, la malhonnêteté, la cupidité, sont l’apanage de l’autre camp. Quand l’Autre est constamment renvoyé à ses échecs, ses erreurs, ses atermoiements, le Moi se croit protégé, en tout cas, ne se remet plus en question et attend en vain un changement venu de l’extérieur.

S’accepter dans ses multiples aspects confine à l’abnégation. C’est le chemin emprunté ou que devrait emprunter toute personne venue en analyse. Ardu, une montagne à gravir, des envies de tout arrêter, et aussi un consentement du chemin qui se fait à l’intérieur, un sentiment d’être dans le ‘juste’, la part de liberté en soi qui se réveille.

La psychanalyse est une reprise de l’histoire du sujet. Elle est une reconstitution, partie des pointillés, des non-dits, des doutes, des hontes, de ces zones vides, et si pleines en même temps. Ces béances qui absorbent la lumière et devant lesquelles on restait interdit, muet.

C’est une quête, bien sûr incomplète, et qui pourtant conduit au sentiment de plein, qui manquait. Mais c’est aussi une lutte contre les résistances à se défaire des habitudes, de vie et de pensée, les contractions face à ce caché qui cherche à s’énoncer.

La psychanalyse révèle l’ambiguïté, l’ambivalence, met en scène le combat entre les désirs et les peurs, entre le désir de lâcher la pression et la peur de s’abandonner.

La psychanalyse n’est ni matérialiste, ni spiritualiste. Elle s’inscrit à la fois dans le monde concret et le monde psychique.

Elle met en évidence le fait que l’individu, qui se croit rationnel, est en fait agi, en grande partie, par des forces obscures émanant de sa psyché la plus profonde, construite sur un terreau primitif, inconscient.

Elle a aussi pour vocation d’aider à relier l’individu à ses fondements historiques: son histoire, personnelle, la transmission générationnelle, ainsi que l’appartenance au monde social, son insertion dans le collectif.

Cependant, la psychanalyse ne cherche pas à rendre l’individu plus adapté, plus conforme, plus policé. Elle ne cherche pas la disparition des symptômes. Elle n’est pas une éducation aux bonnes manières. Ce n’est pas son sujet, aussi utile et intéressant que soit ce sujet.

La découverte des vérités cachées, malséantes, le retournement des apparences, la levée des idées préconçues, la conquête de la liberté et de l’autonomie de pensée, ne figurent pas au panthéon des énoncés ‘politiquement corrects’. Le descellement de l’inconscient renverse les certitudes établies. L’histoire racontée est révélée alors comme un tissu de mensonges.

Pour ces raisons, depuis l’origine, la psychanalyse a fait l’objet de critiques exacerbées, virulentes parfois.

La psychanalyse engage le sujet à compter sur ses capacités propres : D’une part à reconnaitre son savoir sur lui-même, d’autre part à faire confiance en ce savoir, et de plus à se sentir apte à agir sur sa santé psychique.

De nos jours encore, ces affirmations sont loin de faire l’unanimité.

‘Seule l’auto-compréhension du conflit intérieur peut réussir à le supprimer’ (Stefan Zweig, Sigmund Freud, la guérison par l’esprit)